De fausses analyses

Le rapport de l'AMA (l’Agence Mondiale Antidopage) a confirmé la participation des services secrets russes et de membres du gouvernement dans le scandale du dopage. Ce qui pourrait coûter la participation aux Jeux Olympiques.


L'agence indépendante AMA a apporté ses conclusions au sujet de l'ampleur des cas de dopage chez les athlètes russes et de la falsification des échantillons par des fonctionnaires travaillant dans le milieu du sport et par les services secrets. Ce qui pourrait bien coûter à l'équipe nationale de Russie sa participation aux Jeux Olympiques de Rio qui débuteront le 5 août prochain. Ben Nichols, le représentant officiel de l'AMA, a écrit sur son compte Twitter que l'agence allait exiger la suspension de la Russie suite aux résultats du rapport établissant que le dopage en Russie découle d'un programme gouvernemental complet. C'est le CIO qui doit prendre la décision finale. Son représentant, Thomas Bach, a déjà affirmé que le comité « va sévèrement punir » toutes les personnes et organisations impliquées (citation du « SportExpress »)

Les auteurs du rapport ont informé qu'ils avaient trouvé des preuves aux accusations portées par Grigory Rodchenkov, l'ancien directeur du laboratoire anti-dopage de Moscou. D'après Rodchenkov, un énorme programme de manipulation des échantillons a été mis en place en Russie par l'Etat. Lorsque ses collègues découvraient des traces de substances interdites, les échantillons « sales » des athlètes étaient discrètement échangés par des « propres » récupérés dans une banque d'analyses spéciale avec la participation directe de membres du FSB. Les résultats des échantillons positifs étaient falsifiés par des fonctionnaires du niveau du ministre des sports adjoint. Entre 2012 et 2015, ce sont les échantillons positifs de 643 sportifs qui ont été falsifiés et pas seulement ceux de coureurs mais aussi de nageurs, de joueurs de hockey, de cyclistes, d’escrimeurs et même ceux de joueurs de curling, et pas seulement de sportifs russes mais aussi de sportifs étrangers.

L'ampleur des falsifications et le niveau des fonctionnaires impliqués dans le scandale est sans-précédent mais ce n'est pas un complot contre la Russie : selon Dmitri Navosh, le directeur général du site sports.ru, beaucoup de membres du CIO ne veulent pas donner l'impression d'être au service d'une guerre politique contre la Russie.

Jusqu'à maintenant, les événements se développent selon le scénario le plus négatif et la probabilité d'une suspension plane toujours, selon Evgeny Slyusarenko, le rédacteur en chef adjoint de championnat.com.

Le rapport a confirmé que les fonctionnaires travaillant dans le milieu du sport n'ont pas compris que les temps ont changé. La pharmacologie a fait un pas considérable et l'activité des contrôleurs ainsi que les possibilités techniques ont augmenté. Les simples réclamations envers certaines personnes et certaines fédérations sportives se sont transformées en une défiance totale envers tout le système de lutte contre le dopage en Russie. Le fait que les sportifs russes aient été contrôlés ces 18 derniers mois par des agences de lutte anti-dopage anglaises et que seuls 2 échantillons sur 3000 se soient avérés positifs n’a pas changé les relations envers la Russie, dit Slyusarenko.

La Russie a déjà promis de punir les fonctionnaires cités par le rapport de l'AMA. Comme l'a déclaré Vladimir Poutine, ils seront suspendus de leur fonction jusqu'à la fin de l'enquête. Poutine n'a pas donné de noms. Cependant les noms de Yuri Nagorny, un ministre des sports adjoint et de Natalia Zhelanova, la conseillère du ministre des sports sont cités dans le rapport. Poutine a promis que l'affaire sera menée jusqu'au bout.

Ce sont des mots justes mais à trois semaines du début des Jeux, chaque promesse est vouée à être vue comme une tentative acharnée de défendre l'équipe nationale. Pour sortir de cette crise de défiance qui est née de la folle envie de gagner à n'importe quel prix, la Russie va devoir prouver pendant des années qu'elle mène une vraie lutte contre le dopage. A Rio ou ailleurs encore, il faudra attendre plus d'un an pour que l'on se comporte de façon impartiale envers nos athlètes.


Original - Vedomosti - 19/07/2016 

World Anti-Doping Agency