Les riches tuent aussi

Pourquoi ne faut-il pas considérer l'Etat islamique comme une armée de pauvres ? 

Tuer est-il tendance ?


Il y a peu de temps, Youssef mourrait à l’âge de 29 ans. En tout cas, c'est ce que l'on a communiqué par courriel à la famille du défunt après leurs avoir transmis la vidéo des funérailles. Comme le suppose sa famille (résidant à Fujaïrah aux EAU), la mort de Youssef s'est produite durant les frappes aériennes russes sur la ville de Racca: la capitale officieuse du « gouvernement islamique ». C'était le fils d'un important homme d'affaires disposant d’un patrimoine considérable. C'était un citoyen des Emirats Arabes Unis qui était parti comme volontaire en Syrie il y a deux ans. A Racca, il s'occupait de la programmation financière des opérations des combattants. Il achetait entre autres des armes sur le marché noir et se procurait également des métaux précieux destinés à l'édification de la monnaie de l'Etat Islamique (organisation terroriste, interdite en Russie), le dinar-or. On s’imagine que les groupes islamistes sont des « refuges de pauvres », « des gueux fanatiques et affamés ». Rien de tel. Ces derniers temps, de plus en plus d'héritiers de familles riches, des fils d'avocats, des docteurs et des banquiers issus d'états arabes rejoignent la Syrie en masse pour se battre et commettre des meurtres sanglants. Pourquoi ?

Bienvenue dans la terreur. Qui est enrôlé par l'Etat Islamique et comment ?

Selon Nura Hassan Ibrahim, chef de la Société des droits de l’homme au Bahreïn, « l’Etat Islamique » a toujours été le projet des « portefeuilles bien garnis ». Ce projet n’a pas surgi spontanément en une nuit comme le projet des Talibans mais a été planifié et organisé par des riches. Tout d’abord, des financements ont été opérés par des sponsors privés d’Arabie Saoudite, du Qatar et de l’EAU. Personne ne les a empêchés de transférer des millions de dollars aux islamistes. C’est justement parce que l’EI a très vite rencontré du succès en Syrie et en Irak que toute une clique de professionnels travaillait pour eux : des banquiers aux combattants. Les anciens commandants de Saddam Hussein, le dictateur irakien renversé, ont été embauchés pour diriger les unités de combat. Ensuite, on a invité de la même façon des spécialistes de la communication pour développer la marque « Etat Islamique ». Enfin, des informaticiens de qualité pour s’occuper des nombreux sites internet. Les sponsors ont vite atteint leur objectif : se battre pour l’EI était devenu à la mode. Et pour la jeunesse dorée blasée, c’est en général important. Comme le transfert dans la réalité virtuelle : peut-on tuer impunément, violenter, voler des gens en paix, en sachant que tu es un « combattant de l’islam » et que l’on ne te mettra pas en prison pour ça.

Se nourrir de sang

Le minuscule Etat du Bahreïn est peuplé de seulement 750 000 habitants. Cependant, une centaine de personnes environ sont partis « rendre visite » aux islamistes. La plupart sont des représentants des professions très bien rémunérées (bien qu’il soit difficile de trouver des pauvres sur cette ile où un salaire de 2000 dollars est considéré comme l’apanage du pauvre) Un chirurgien talentueux de la capitale qui était parti se battre en Syrie a posté une vidéo sur internet, dans laquelle il assure qu’il rentrera sous « l’étendard de l’islam pur» et qu’il étanchera sa soif avec le sang du roi du Bahreïn.

De quels pays viennent les mercenaires qui font la guerre en Syrie ?

Des ressortissants des Emirats Arabes Unis, pays très apprécié par nos touristes, ont pris part en masse à ce « voyage » en Syrie et en Irak. A tel point que le gouvernement a rapidement adopté une loi selon laquelle l’intégration à un groupe armé (peu importe lequel) de l’EI est passible de la peine de mort. Récemment, un tribunal d’Abu Dhabi a condamné par contumace cinq citoyens des EAU à la peine capitale. Le plus jeune des cinq (Abdul Aziz Avad al-Minkhali) venait de fêter ses 18 ans. Ce gamin (d’une famille plutôt aisée) ventait à ses compatriotes le « voyage pour le djihad » et il achetait avec son propre argent des billets pour la Turquie à ceux qui le désiraient. C’est à partir de ce pays que les futurs terroristes franchissaient la frontière syrienne. Les autres condamnés à mort sont des enfants de propriétaires d’agence de voyages ou de restaurants couteux. Tout de même, comme le supposent les organes judiciaires, environ 500 arabes avec un passeport des EAU se battent pour l’Etat Islamique. C’est encore plus clair dans le cas de l’Arabie Saoudite qui se noie dans les pétrodollars. Selon les estimations les plus faibles, 10 000 « djihadistes » en sont partis pour rejoindre la Syrie et l’Irak. J’ai discuté avec des prisonniers saoudiens qui combattaient pour l’EI près de Mossoul. Aucun d’entre eux n’était pauvre. La plupart étaient diplômés des universités européennes, parlaient parfaitement l’anglais et se plaignaient qu’on leurs ait confisqué leur Iphone. (le dernier modèle)

« Une bande de salauds »

D’après les dires de Nasser Gafour Ramadan, ancien député au parlement irakien, le chef des groupes armés de l’EI sur la presqu’ile égyptienne du Sinaï est un certain Abu Oussama al-Marsi, riche propriétaire de magasins de vêtements ayant une formation universitaire. « L’Etat Islamique » est devenu si célèbre, car ce ne sont pas des amateurs enthousiastes qui en gèrent le développement et le financement mais bien des diplômés des meilleures universités. Au sein de cette jeunesse dorée des riches pays arabes, l’anti-américanisme est assez populaire. C’est un mouvement dont on fait partie. C’est comme porter une certaine marque de vêtement ou aller dans les sushi bars. Partir se battre un an et demi en Syrie ou en Irak est devenu un exemple du glamour et ces derniers temps, ceux qui s’en passionnent sont de jeunes hommes qui n’ont jamais manqué de rien voire même qui ont grandi dans le luxe. Dans les pays du Golfe persique, rejoindre la guerre en Syrie est comparable à un voyage aux Maldives : c’est prestigieux, cher, c’est un plaisir pour les élus et ils ont l’habitude de s’en vanter. Mais il est vrai que l’EI, ce n’est pas un jeu vidéo. C’est une bande de salauds mentalement déficients qui égorgent des otages devant des caméras et qui tuent sans hésiter des milliers de femmes et d’enfants seulement parce qu’ils se réclament d’une autre foi.

L’occident rabâche pour la dixième fois la même chose : « Il faut régler le problème de la pauvreté dans les pays arabes et le problème de l’islamisme sera réglé » Là-bas, ils ne comprennent simplement pas que le visage de l’Etat Islamique qu’ils combattent, c’est un ennemi complètement nouveau, un ennemi cruel, odieux, méchant et impitoyable. « L’Etat Islamique » ne ressemble en rien aux attroupements des mollahs des campagnes à peine lettrés comme les « Talibans » afghans. L’EI a été créé et est géré par des riches. Comme le montre la tentative de Barbara Karaoulova qui a essayé de rejoindre rapidement Racca, ils recrutent des enfants de bonne famille chez nous comme chez eux. En plus des frappes aériennes, les services spéciaux russes, européens et américains doivent lutter contre la propagande islamiste sur internet, arrêter (et même, je n’ai pas peur du mot, tuer) ceux qui financent l’EI dans les autres pays pour ruiner ces porcs. Sinon, il faudra faire la guerre en Syrie éternellement.


Original - AIF - 03/03//2016

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