L'EuroPeur 2016

Les hooligans ont leur « championnat ». Ils organisent des compétitions semblables au championnat d'Europe pour se distinguer les uns par rapport aux autres. Ces bagarres sont en réalité souvent sanglantes.

Le championnat d'Europe de pogroms et de bagarre.

L'ouverture du championnat d'Europe de football qui a débuté le 10 juin en France est entachée de troubles causés par des supporters anglais.

Comme l'annonce l'agence de presse russe TASS, environ 200 supporters anglais pour la plupart en état d'ébriété se sont réunis dans le centre de Marseille et ont provoqué des bagarres avec les habitants aux alentours de minuit dans le quartier du Vieux Port. Au cours de cette rixe, les bars et les restaurants du quartier ont subi de sérieux dégâts. La police est arrivée sur les lieux de l'incident mais l'ordre a été rétabli seulement quelques minutes plus tard. Les forces de l'ordre ont fait l’usage de gaz lacrymogènes.

Les affrontements ont repris après que la police a quitté le quartier. La police a de nouveau dû intervenir. D'ailleurs, les brigades canines ont été appelées pour disperser les agresseurs particulièrement violents autant du côté anglais que du côté des locaux.

L'équipe d'Angleterre jouera son premier match pour l’Euro 2016 à Marseille au stade Vélodrome le 11 juin. Elle affrontera la Russie. On attend jusqu'à 150 000 supporters anglais et jusqu'à 35 000 supporters russes à Marseille le jour du match.

Les organisateurs de toutes les grandes compétitions de football d'aujourd'hui sont confrontés au problème du hooliganisme. 180 spécialistes de différents pays étrangers, dont la Russie, sont venus apporter leur aide aux forces locales de maintien de l'ordre déployées pour le championnat d'Europe 2016 en France. La mission principale de ces gardiens de l'ordre, c'est d'aider la police française à localiser les supporters les plus radicaux de leurs pays respectifs qui deviennent des fauteurs de trouble.

Les hooligans ont leur « championnat ». Ils organisent des compétitions semblables au championnat d'Europe pour se distinguer les uns par rapport aux autres. Ces bagarres sont en réalité souvent sanglantes.

Par exemple, lors du championnat du monde de football en 1998, une quarantaine de personnes ont été blessées encore à Marseille dans des affrontements opposant des supporters venus d'Angleterre et de Tunisie.

Le comité d'organisation de l'Euro 2016 a établi une liste des matchs de la phase de poule sur lesquels la police française attirera une attention plus importante à cause des potentielles sorties de fans. Dans cette liste, on retrouve les rencontres suivantes : Angleterre - Russie (11 juin, Marseille), Turquie - Croatie (12 juin, Paris), Allemagne - Pologne (16 juin, Paris), Angleterre - Pays de Galles (16 juin, Lens) et Ukraine - Pologne (21 juin, Marseille).

Il s'agit de rencontres auxquelles participeront des supporters de football de pays avec une très mauvaise réputation.

Quels sont ces fans de football considérés comme les plus agressives et les dangereux en Europe ?

L'Angleterre

La patrie du football est également la patrie du hooliganisme dans le football ou, comme on l’appelle, l’activité à côté du football. Les premières bagarres de supporters ont été organisées en Angleterre dès la fin du 19e siècle. Dans sa forme actuelle, le hooliganisme s'est formé en Angleterre dans les années 1950. Au milieu des années 1960, les tribunes des stades anglais étaient composées d'environ 70% de personnes s'identifiant à la violence dans le football. Un match sur deux se terminait en pugilat, certains quartiers se transformaient en zone interdite à l'heure des matchs. Entre 400 et 7 000 personnes se déplaçaient d'une ville à une autre avec un but bien défini : « montrer qui est le plus fort ».

La violence des fanatiques anglais a atteint son pic au milieu des années 1980.

Le drame du Heysel à Bruxelles en est l'apothéose. Le 20 mai 1985 pendant la finale de la Coupe des Clubs Champions opposant Liverpool et la Juventus, 39 personnes ont péri et plus de 600 autres ont été blessées à cause des troubles causés par les fans anglais.

Cette tragédie a provoqué l'interdiction à tous les clubs anglais de participer aux coupes d’Europe pendant 5 ans. Les pouvoirs politiques de Grande Bretagne ont à leur tour adopté des mesures très dures pour lutter contre les hooligans dans le football. En conséquence de quoi, la vague de violence a chuté.

Les « héros » des batailles des années 1980 écrivent aujourd'hui des livres et font des films sur leur jeunesse violente.

Cependant, cela ne signifie pas que les hooligans anglais ont totalement disparu. De temps en temps, ils font parler eux même en Angleterre où des services de police spécialisés les surveillent. Pas plus tard que début mai 2016, les supporters du club londonien de West Ham ont lancé des bouteilles et des pierres sur le bus transportant les joueurs du club adverse Manchester United. C'est ainsi que les fans de West Ham ont célébré les adieux avec l'ancien stade de leur club.

Mais si de tels incidents sont aujourd'hui rares en Angleterre, (lors des enquêtes, ni la police, ni le tribunal ne ménagera les participants) pendant les compétitions internationales, les hooligans anglais font constamment parler d'eux après s'être échappés sur un territoire où l'on ne lutte pas contre eux avec autant d'acharnement.

Par exemple, lors du championnat d'Europe en 2000 qui s’est déroulé en Belgique et aux Pays-Bas, les anglais ont mené une bataille avec la police belge qui avait fermé un bar apprécié des anglais. Les supporters se sont barricadés dans le bar et ont lancé des bouteilles sur les policiers qui tentaient de les déloger. Les policiers ont du faire usage de leur matraque et de gaz lacrymogènes. Environ 300 fans ont été arrêtés.

Et le lendemain-même à Charleroi, les « ultras » anglais se sont battus avec des allemands et des turcs. Au cours des affrontements, le nombre de blessés était de plusieurs dizaines de personnes et un anglais blessé à l'arme blanche a été transféré à l'hôpital.

Avant le championnat du monde 2006 en Allemagne, la police anglaise a confisqué les passeports de 3 500 fans pour qu'ils ne puissent pas participer aux événements. Cependant, cela n'a pas empêché une bagarre à Francfort où des anglais se sont battus avec des « ultras » allemands. Ensuite, l'histoire s'est répétée à Stuttgart où pas moins de 100 anglais ont été interpellés.

L'incident qui s’est produit aujourd’hui à Marseille montre que rien n'a changé. D'ailleurs, selon les témoins oculaires, la bagarre s'est déclenchée cette fois-ci parce que des anglais ivres criaient : « ISIS, ISIS, où es-tu, ISIS ? »

La Russie

La sous-culture du hooliganisme, née en Angleterre, a réussi à s'implanter dans d'autres pays. La Russie n'en fait pas exception. Dès les années 1990, les bagarres dans les stades et près des stades sont devenues ordinaires en Russie.

Etrangement, les désordres les plus retentissants causés par des fans de football russes se sont produits à des moments où il n'y avait aucun adversaire aux alentours.

Le 9 juin 2002, la rencontre de Coupe du Monde opposant le Japon et la Russie était retransmise sur la place du Manège à Moscou. Après le match qui s'est achevé par une défaite des russes, des fans ont semé le désordre. 79 personnes ont été blessées, parmi lesquelles 49 ont été transportées à l'hôpital et l’une d’entre elles est décédée après avoir reçu des coups de couteaux. Pendant les pogroms, plus de 100 voitures ont été détruites, 36 vitrines de magasins et plusieurs trolleybus ont été endommagés.

Sur l'arène internationale, les fans du CSKA et du « Spartak » se sont tristement rendus célèbres pour des excès à cause desquels les clubs ont reçu plusieurs fois des sanctions. Ainsi, en 2014, le CSKA a dû jouer un match de Ligue des Champions à huit clos puisqu’au match aller contre la Roma, des supporters russes s'étaient battus avec leurs « collègues » italiens et aussi avec les policiers.

Pendant l'Euro 2012 en Pologne, il y a eu plusieurs confrontations entre les supporters russes et polonais. Du côté de ces derniers, on retrouve des représentants de groupes locaux d'extrême droite. Les querelles les plus acharnées se sont déroulées à Varsovie et à Wrocław. Le jour de la rencontre Russie - Pologne à Varsovie, les russes ont défilé dans les rues de la capitale polonaise et ont été attaqués par des « ultras » polonais. La police a arrêté 184 personnes, la plupart d'entre eux était des polonais. Il est à noter que les pouvoirs locaux ont confirmé que ce sont bien des citoyens polonais qui étaient à l'initiative des affrontements.

A l'automne 2015, des supporters russes se sont battus à Chisinau contre des moldaves venus voir le match Moldavie - Russie. Plusieurs personnes ont été sérieusement blessées. Les auteurs des affrontements ont été arrêtés.

En conséquence, les supporters russes sont aujourd'hui sur la liste des plus agressifs et des plus dangereux.

La Pologne

Les polonais se retrouvent au côté des russes sur la « liste noire ». A l'instar de la majorité des autres hooligans d'Europe de l'Est, l'idéologie des « ultras » polonais se mêlent à l'idéologie des groupes d'extrême-droite, ce qui explique le choix des « ennemis ». Les opposants irréconciliables des polonais sont les allemands, les russes et les ukrainiens.


Pendant les bagarres, les polonais font facilement usage de couteaux, de battes de baseball ou de barres de fer. Les affrontements de 2012 contre les russes ne sont qu'un épisode de leur violente histoire. Pour comprendre à quel point tout cela est sérieux, il faut dire qu'en 2011 plus d'une dizaine de personnes (selon les chiffres de police polonaise) sont mortes au cours d'affrontements opposants les « ultras » des deux clubs de Cracovie : « Cracovia » et « Wisla ».

Les fans polonais ont une particularité intéressante. Ils aiment aller dans d'autres pays pour prendre part aux bagarres de leurs « collègues ». Par exemple, les fans du « Wisla » sont allés à Rome en 2015 pour se battre contre les supporters de la « Roma » aux côtés des supporters de la « Lazio ».

Et en octobre 2015, les polonais se sont retrouvés à Manchester pour régler leurs comptes avec les supporters espagnols du club de Séville qui jouait contre Manchester City.

En août 2015, les polonais se sont battus avec des fans ukrainiens dans le centre de Kiev. Les « ultras » du « Legia » sont venus pour le match contre le club ukrainien « Zaria », ont défilé dans la rue aux cris de « Tape les bandéristes » et ont brulé des drapeaux ukrainiens. Andrei Antonichtchak, député ukrainien et représentant du « bloc de Petro Poroshenko », a été agressé durant les bagarres qui ont suivi.

La police française est certaine que les « ultras » polonais vont tenter de se montrer dans toute leur beauté pendant l'euro 2016.

L'Ukraine


Les hooligans ukrainiens dans le football, c'est un fait particulier. Aujourd'hui, on peut aisément les mettre à la première place du classement européen des supporters les plus durs et les plus « givrés ». Les « ultras » sont devenus l'un des moteurs du Maïdan après lequel ils ont reçu de fait l'indulgence des pouvoirs politiques ukrainiens. En résultat, la liste de leurs « exploits » dans les matchs internationaux s'est rapidement allongée.

En automne 2015, une histoire a résonné dans toute l’Europe : le passage à tabac de supporters noirs à l’occasion du match de Ligue des Champions « Dinamo Kiev – Chelsea » à Kiev. Au lieu de poursuivre les coupables, les autorités ukrainiennes se sont lancées dans de longues digressions à propos de « provocations russes ». Cette version a d’ailleurs retenti jusqu'aux oreilles du président ukrainien en personne, Petro Poroshenko.

Un peu avant à Kiev, les supporters du Dniepro avaient attaqué des supporters français de Saint Etienne. Ces mêmes « ultras » du Dniepro ont agressé des supporters du club danois « Copenhague » parce qu'ils avaient soi-disant brandi un drapeau russe.

Après 2014, les « ultras » ukrainiens ont régulièrement mené des actions à caractère politique dans les arènes internationales. Dans leur « répertoire », des insultes envers les pouvoirs politiques russes, des discours en l'honneur de Stepan Bandera mais aussi des slogans ouvertement fascistes et néo-nazis.

L'admiration des fans ukrainiens devant Stepan Bandera et d'autres organisateurs des massacres de Volhynie rendent les « ultras » polonais furieux. A cet égard, le match Ukraine - Pologne qui se déroulera le 21 juin à Marseille risque de mal se passer.

D'ailleurs, les autorités ukrainiennes ont exprimé il y a quelques jours leur inquiétude vis-à-vis des problèmes qu'ont rencontrés certains supporters ukrainiens avec les documents qui leurs permettent de rentrer en France. Il semble que les autorités françaises essayent par tous les moyens de limiter le nombre de fans ukrainiens qui viennent au championnat d'Europe.

La Turquie

Les « ultras » turcs ont la réputation même en dehors du football d'être incorrects. En 2000 à Istanbul, à la veille de la demi-finale de la Coupe UEFA opposant le club anglais « Leeds United » et le club turque « Galatasaray », deux supporters anglais ont été tués et plus d'une dizaines de personnes ont été blessées. Les britanniques décédés ont succombé à des blessures de couteaux.

L'utilisation de couteaux lors des altercations est une pratique courante pour les supporters turcs. Les troubles dans les stades pendant les matchs du championnat national est dans l'ordre des choses. Le décès de personnes dans les guerres civiles de fans n'étonne personne non plus.

En 1998, pendant le match d'ouverture de la saison, un fan du Fenerbahce est entré sur le terrain avec le drapeau de son équipe préférée dans une main et un couteau dans l'autre. Menaçant les joueurs de l'équipe adverse avec son couteau, il a déposé le drapeau au centre du terrain.

Au printemps 2015, le championnat de football turc a été suspendu une semaine après que l'on a tiré au fusil de chasse sur un bus transportant les joueurs du « Fenerbahce » à l'aéroport de Trabzon après leur match contre « Rize ». 

Et en novembre 2015 avant le match Turquie - Grèce, les fans de l'équipe turque ont sifflé et scandé « Allah Akbar » pendant la minute de silence à la mémoire des victimes des attentats à Paris.

On se rassure un peu du fait que les « ultras » turcs créent un tumulte, habituellement chez eux, là où la police se comporte envers eux d'une manière assez loyale.

L'Allemagne

L'équipe nationale de football d'Allemagne est l'une des plus talentueuses au monde. Les stades allemands font partie des plus fréquentés en Europe. Cependant, les hooligans y sont plus qu'assez présents.

Les bagarres mentionnées plus haut contre les anglais se produisent régulièrement. L'inimitié réciproque entre les anglais et les allemands vient de la rivalité des deux pays pendant les deux guerres mondiales du XXe siècle. Les radicaux dans le football ne sont jamais contre prendre une « revanche » à leur manière pour leurs ancêtres.

Les « ultras » allemands expliquent très souvent les relations qu'ils ont entre eux. Ainsi, en mars 2015, le match opposant deux équipes de Berlin, « l'Union » et le « Dinamo » a été arrêté à causes de troubles. Selon les chiffres de l'incident, 175 fans ont été arrêtés, 112 policiers ont été sérieusement blessés.

En février 2016, des troubles ont eu lieu après le match « Schalke 04 – Wolfsburg ». Les fans ont jeté des bouteilles et des pierres sur les policiers. 23 gardien de la paix ont été blessés.

En ce qui concerne les matchs de l'Allemagne, ce collectif talentueux ne se donne pas la peine de perdre une fois de trop pour ne pas donner à ses « ultras » un prétexte pour être déçu.

Lors de la finale du championnat d'Europe 2008, l'Allemagne a perdu contre l'Espagne. C’en est suivi une vague de désordre dans le pays. Les fans ont cassé des vitrines de magasins, ont cassé des voitures, ont mis le feu à des poubelles et ont attaqué des policiers. Plusieurs policiers ont été blessés.

Original -AIF - 10/06/2016



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